À chaque tournée, la même question : quelles vaches aller chercher ? Les pousser toutes coûte du temps et du calme dans le bâtiment. N’en pousser aucune laisse des vaches dépasser leur intervalle de traite, avec ce que cela coûte en lait et en santé de la mamelle. Entre les deux, on pousse souvent « celles qu’on connaît », et on se trompe dans les deux sens.

Cette page décrit une règle en deux temps. D’abord un classement, vache par vache, à partir de deux indicateurs déjà présents dans le logiciel du robot : qui vient seule, qui a besoin d’être poussée. Ensuite, à la tournée, un croisement avec la liste des vaches en retard. Elle sert en routine, et plus encore dans les semaines qui suivent une mise en route ou un changement de robot, quand le troupeau réapprend à venir seul.

Dernière mise à jour : 27 septembre 2026.

1. Deux indicateurs suffisent

Le refus. Un refus est une visite au robot sans autorisation de traite : la vache est venue trop tôt, et le robot l’a renvoyée. Un refus prouve donc une chose simple, la vache vient d’elle-même. Une vache qui cumule des refus n’a pas besoin qu’on aille la chercher.

Le lait par traite. Une vache qui vient peu souvent arrive avec beaucoup de lait. Le lait par traite est donc une mesure indirecte de l’intervalle entre deux traites : au-delà d’un certain niveau, la vache vient, mais pas assez souvent pour sa production.

Les deux se lisent ensemble. Zéro refus dit que la vache ne vient pas en avance ; le lait par traite dit si elle est en retard.

2. Le classement : qui peut avoir besoin d’être poussée

Les indicateurs se calculent sur deux jours consécutifs (la veille et le jour même), pas sur un seul : une journée isolée est trop bruitée, entre un refus accidentel et une traite retardée par une alarme.

Situation sur les deux derniers joursClassement
Au moins un refusAutonome — la vache vient seule, elle ne se pousse pas
Aucun refus, plus de 12 kg de lait par traiteÀ pousser — elle vient trop rarement pour sa production
Aucun refus, 12 kg par traite ou moinsÀ pousser — sauf si elle passe seule au robot (§ 3)
Moins de 7 jours de lactationHors règle — période de colostrum, suivie à part

Il n’y a que deux classements utiles : autonome ou à pousser. Le seuil de 12 kg ne crée pas une troisième catégorie ; il décide seulement si le correctif du § 3 peut s’appliquer.

Le lait par traite se calcule sur les deux jours : lait total des deux jours divisé par le nombre total de traites des deux jours.

3. Le correctif du passage spontané

Une vache sans refus et à faible production peut très bien venir seule : elle ne se présente simplement pas avant d’avoir l’autorisation. Les refus ne la voient pas. Pour la repérer, on regarde quand elle passe au robot.

Le principe : il existe des plages horaires où l’éleveur ne pousse jamais. Une visite dans ces plages est forcément spontanée. Dans la pratique décrite ici, ce sont :

  • la nuit, de 21 h à 7 h ;
  • le milieu de journée, de 12 h à 16 h.

Une visite compte qu’elle ait abouti ou non : une traite manquée prouve autant que la vache est venue.

Seuil retenu : un passage spontané sur au moins 2 des 3 derniers jours. Un passage isolé ne suffit pas ; il peut tenir à un hasard de circulation dans le bâtiment. Si le seuil est atteint, la vache est classée autonome.

Ce correctif ne s’applique pas aux vaches à plus de 12 kg par traite. Une vache qui vient seule la nuit mais arrive avec trop de lait n’a pas un problème de motivation, elle a un problème de fréquence : venir ne suffit pas, il faut venir assez souvent. Elle reste à pousser.

4. À la tournée : croiser avec la liste des vaches en retard

Le classement dit qui peut avoir besoin d’être poussée, pas quand. Une vache à pousser qui vient d’être traite n’a rien à faire au robot. Le moment est donné par un autre outil, déjà présent dans le logiciel : la liste des vaches en retard, c’est-à-dire celles qui ont dépassé leur intervalle de traite prévu.

La pratique décrite ici tient en une ligne : deux tournées par jour, matin et soir ; à chaque tournée, on pousse les vaches qui figurent à la fois dans la liste des vaches en retard et parmi les vaches à pousser.

Chaque filtre corrige l’autre :

  • la liste des retards seule ferait pousser des vaches autonomes, en retard ce jour-là mais qui seraient venues d’elles-mêmes ;
  • le classement seul ferait pousser des vaches qui viennent d’être traites.

Le croisement ne garde que les vaches qui sont en retard et qui ne viennent pas seules.

5. Ce qu’il faut régler chez soi

Les valeurs ci-dessus sont des réglages, pas des constantes. Elles ont été arrêtées sur un troupeau donné, et se transposent en les ajustant.

RéglageValeur décrite iciCe qui le fait varier
Seuil de lait par traite12 kgNiveau de production du troupeau, intervalle visé
Fenêtre de calcul2 jours consécutifsPlus long = plus stable, mais réagit plus lentement
Plages de passage spontané21 h – 7 h et 12 h – 16 hHoraires réels des tournées de l’élevage
Jours de passage spontané exigés2 sur 3Exigence voulue avant de cesser de pousser
Exclusion en début de lactation7 joursDurée de la période colostrum
TournéesMatin et soirOrganisation du travail ; les plages du § 3 doivent rester en dehors

Deux interactions à garder en tête :

  • Les refus dépendent des autorisations de traite. Avec des autorisations larges, une vache obtient presque toujours la traite en se présentant, et fait donc peu de refus. Plus les autorisations sont serrées, plus le refus devient un bon signal. Le seuil ne se juge qu’en connaissant ses propres réglages de permission.
  • Les plages horaires doivent être vraies. Si quelqu’un pousse occasionnellement la nuit, le critère du passage spontané perd son sens. Mieux vaut des plages plus étroites mais certaines.

6. D’où viennent les données

Tout se lit dans le logiciel de gestion du robot (Lely Horizon dans le cas décrit). Deux exports servent au classement :

  1. Un rapport de production journalière par vache, qui donne pour chaque vache et chaque jour : lait produit, nombre de traites, nombre de refus, jours de lactation.
  2. La liste des traites, qui donne l’heure de chaque visite, réussie ou non. C’est elle qui permet le correctif du § 3. Sans elle, la règle de base du § 2 s’applique seule, au prix d’une liste à pousser plus longue : dans le cas observé, ce correctif la réduit d’un tiers.

Les deux exports gagnent à couvrir les 3 à 5 derniers jours : deux jours consécutifs pour le classement, trois pour le passage spontané, et une marge.

La liste des vaches en retard, elle, se consulte directement à la tournée, sans export.

Les autres marques de robots enregistrent les mêmes informations — visites, refus, traites, production. Les noms des rapports changent ; la règle, non.

Avec Lely Horizon, l’outil en ligne applique cette règle à ses propres exports et donne la liste des vaches à pousser, numéro par numéro. Le calcul se fait dans le navigateur, sans envoyer aucun fichier. Le rapport de production à exporter se prépare comme décrit dans Créer un rapport de production journalière par vache dans Lely Horizon. Le même export alimente l’outil de bilan du troupeau, dont la méthode est décrite dans Suivre son troupeau entre deux contrôles laitiers.

7. Exemple chiffré fictif

Trois vaches, sur les deux derniers jours :

VacheRefusTraitesLaitLait par traitePassages spontanésClassement
A3560 kg12,0 kg—Autonome (refus)
B0460 kg15,0 kg2 jours sur 3À pousser (trop de lait par traite, le passage spontané ne compte pas)
C0440 kg10,0 kg1 jour sur 3À pousser
C, deux jours plus tard0440 kg10,0 kg2 jours sur 3Autonome (passage spontané)

À la tournée du soir, la liste des vaches en retard contient A et C. On pousse C seulement : A est en retard, mais elle vient seule. B n’est pas en retard ce soir-là ; elle ne se pousse pas, même classée à pousser.

La vache A produit autant que la vache B. Ce qui les sépare n’est pas le niveau de production, c’est la fréquence de visite : l’une vient en avance, l’autre en retard.

Cas observé. Changement de robot, troupeau classé chaque jour à partir du lendemain de la bascule.

2 jours après4 jours après
Autonomes56 %80 %
À pousser44 %20 %

En deux jours, la part des vaches à pousser a été divisée par plus de deux. Autre constat : parmi les vaches à pousser au-delà de 12 kg par traite, plus des deux tiers passaient déjà seules au robot la nuit ou en milieu de journée. Elles venaient, mais trop rarement. Sans la distinction entre venir et venir assez souvent, elles auraient été laissées à tort.

À retenir

  • Un refus prouve que la vache vient seule : elle ne se pousse pas.
  • Sans refus, la vache est à pousser. Au-delà du seuil de lait par traite, elle le reste même si elle vient parfois seule.
  • Sous le seuil, une vache qui passe seule au robot, aux heures où personne ne pousse, 2 jours sur 3, redevient autonome.
  • À la tournée, on ne pousse que les vaches à pousser qui figurent aussi dans la liste des vaches en retard.
  • Les seuils se règlent sur son troupeau, ses autorisations de traite et ses horaires de tournée.
  • Deux jours de données valent mieux qu’un : la règle tranche sur une tendance, pas sur un incident.