Préparer sa retraite d’agriculteur, c’est répondre à deux questions : combien la MSA versera-t-elle, et combien faut-il épargner pour atteindre le revenu qu’on vise ? La méthode décrite ici compte la pension prévue, la complète par un capital, et s’assure que le plan reste vivable si la pension se révèle plus faible que prévu. Elle se termine par une question que l’on pose rarement : un euro cotisé à la MSA rapporte-t-il plus ou moins qu’un euro investi ?

Dernière mise à jour : 4 octobre 2026.

0. Avant : trésorerie, objectif et allocation

Cette page prolonge Où placer son épargne quand on est agriculteur, qui traite de l’allocation et des enveloppes. Elle en reprend un point : la retraite est un objectif, avec une échéance, un montant et une forme de sortie. Ici, on chiffre le montant.

1. Ce que verse la MSA, et ce qui a changé en 2026

La retraite d’un chef d’exploitation repose sur deux étages.

ÉtageComment il se calculeCe qui a changé
Retraite de baseDepuis le 1er janvier 2026, sur la moyenne des 25 meilleures années de revenus professionnels, chacune retenue dans la limite du plafond de la sécurité sociale, comme pour les artisans et commerçantsAvant 2026 : une part forfaitaire et une part en points. Calcul provisoire en 2026 et 2027, recalcul en 2028 (la pension peut augmenter, pas baisser), application directe à partir de 2029. Les années antérieures à 2016 sont reconstituées à partir des points, la MSA n’ayant pas archivé les revenus
Retraite complémentaire obligatoire (RCO)En points, proportionnels au revenu cotiséCalcul inchangé ; taux de cotisation progressifs selon le revenu

Côté cotisations, la retraite de base coûte en 2026 17,15 % du revenu jusqu’au plafond de la sécurité sociale, plus 0,72 % sur la totalité. L’assiette minimale est descendue à 600 fois le SMIC horaire, soit 7 212 € en 2026 : c’est aussi ce qu’il faut pour valider quatre trimestres dans l’année.

Un minimum de pension existe pour les carrières complètes de chef d’exploitation : base et complémentaire réunies sont portées à 85 % du SMIC net, soit 1 214 € par mois au 1er janvier 2026, sous conditions.

Deux paramètres, enfin, ne dépendent pas de l’exploitant : l’âge légal et le nombre de trimestres exigé pour une pension sans décote. Tous deux varient selon l’année de naissance, et tous deux ont changé plusieurs fois en quinze ans — la dernière fois avec la suspension partielle de la réforme de 2023.

2. Ce que vaut le relevé d’info-retraite.fr

Le relevé de carrière et l’estimation disponibles sur info-retraite.fr sont exacts sur un point : les droits acquis à ce jour, selon les règles de ce jour. Pour le reste, c’est une promesse. L’âge de départ, la durée exigée, le mode de calcul, la revalorisation des pensions : tout cela se fixe par la loi, et se modifie au gré des gouvernements et des contraintes budgétaires. La fiabilité du chiffre affiché dépend de la confiance qu’on accorde aux gouvernements présents et à venir, pas de la qualité du calcul.

La méthode en tire deux règles :

  • compter la pension prévue, celle des deux membres du couple, puisque c’est la meilleure estimation disponible ;
  • vérifier que le plan reste vivable si elle baisse. Le revenu visé contient une marge (section 3) : c’est elle, et non les besoins, qui doit absorber une pension plus faible que prévu.

3. Fixer le revenu visé

Le revenu visé se fixe à partir des dépenses du foyer, pas à partir du revenu d’activité : couvrir les besoins courants, puis ajouter une marge assez large pour les voyages, les imprévus, et pour vivre sans trop compter.

Ce montant est très personnel. Il dépend du foyer, du logement, de la région, du mode de vie, et il n’y a aucune raison qu’il ressemble à celui d’un autre exploitant. Trois précisions le rendent utilisable :

  • l’exprimer par an et pour le foyer, en euros d’aujourd’hui ;
  • l’exprimer en brut, avant impôt et prélèvements sociaux. Pensions, fermages et retraits d’épargne ne sont pas imposés de la même façon, et leur fiscalité changera d’ici là : un objectif brut reste une référence stable, à condition de se souvenir que le net sera plus faible ;
  • distinguer ce qui relève du besoin et ce qui relève de la marge : c’est la marge qui absorbera une pension plus faible que prévu et les variations du revenu de l’épargne (section 5).

4. Recenser ce qui restera

Avant de chiffrer le capital, on recense ce qui produira un revenu ou un capital au moment de s’arrêter. Chez un exploitant, deux natures se distinguent.

Les revenus qui continuent.

  • Les pensions prévues du couple, retraite de base et complémentaire, telles que les donne le relevé.
  • Le fermage des terres détenues en propre ou au travers d’un GFA : un revenu indexé sur l’indice des fermages, qui ne dépend ni des marchés financiers ni de la MSA.

Ils se retranchent directement du revenu visé.

Les capitaux qui arrivent. La cession des parts de l’exploitation, ou d’une autre structure détenue à côté — une société photovoltaïque par exemple —, ne produit pas un revenu mais un capital. Ce capital vient grossir le patrimoine financier le jour de la vente, et c’est à ce titre qu’il entre dans le calcul. Il faut le compter net : impôt sur la plus-value, et régimes d’exonération à examiner avant de décider des modalités de la vente, dont celui du départ en retraite.

5. Passer de l’écart au capital : un retrait variable de 0,3 % par mois

La règle

Chaque mois, on retire 0,3 % de la valeur du patrimoine financier ce mois-là, soit 3,6 % par an. Le retrait suit le patrimoine, pas le montant de départ.

D’où le capital à constituer :

Capital = (revenu visé − pensions prévues − fermages) ÷ 3,6 %

Pourquoi un pourcentage variable

La règle la plus citée, dite « des 4 % », fixe un montant la première année puis l’indexe sur l’inflation, quoi qu’il arrive aux marchés. Elle donne un revenu stable, mais le capital peut s’épuiser si les premières années sont mauvaises.

Un retrait en pourcentage du patrimoine fait l’inverse :

  • le capital ne s’épuise jamais : on ne retire jamais qu’une fraction de ce qui reste. Le risque de vivre plus longtemps que son épargne disparaît ;
  • le revenu varie : une baisse de 25 % des marchés réduit le retrait de 25 % le mois suivant.

C’est là que sert la distinction de la section 3. Si les besoins restent couverts dans une mauvaise année, et que seule la marge varie, la variation se vit comme un voyage reporté, pas comme une difficulté. Un taux de 3,6 % plutôt que 4 % laisse en outre au patrimoine une part de son rendement pour croître, et donc pour suivre l’inflation. La pension et le fermage, qui ne suivent pas les marchés, amortissent d’autant ces variations.

Exemple fictif

Montants ronds, bruts, en euros d’aujourd’hui, sans rapport avec un cas réel.

Revenu visé par le foyer60 000 €/an
Pensions prévues du couple− 18 000 €/an
Fermages− 6 000 €/an
Écart à couvrir par le patrimoine financier36 000 €/an
Capital requis (36 000 ÷ 3,6 %)1 000 000 €
Cession des parts de l’exploitation, nette d’impôt− 300 000 €
Reste à constituer par l’épargne700 000 €

Constitué en 25 ans à un rendement de 4 % par an au-delà de l’inflation, ce reste demande un effort d’environ 17 000 € par an, en partant de zéro. Une épargne déjà constituée réduit d’autant l’effort ; un rendement plus faible l’augmente nettement.

Le test de la pension réduite. Si les pensions se révèlent inférieures de 30 % aux prévisions, le revenu passe de 60 000 € à environ 54 600 €. Le plan tient si les besoins du foyer restent sous ce niveau : c’est la marge qui a baissé, pas le niveau de vie de base.

6. Cotiser à la MSA ou investir : lequel rapporte le plus ?

Ce qu’achète un euro cotisé

Prenons 1 000 € de revenu supplémentaire déclaré une année, sous le plafond de la sécurité sociale. Pour la retraite de base, il coûte 17,15 % + 0,72 %, soit environ 179 € de cotisations.

Ce qu’il rapporte, si cette année fait partie des 25 meilleures et si la carrière est complète : la moyenne des 25 meilleures années augmente de 1 000 ÷ 25 = 40 €, et la pension, qui en vaut la moitié, de 20 € par an, à vie, revalorisés comme les prix.

Versés de 64 à 86 ans, ces 20 € par an représentent les rendements suivants, au-delà de l’inflation, selon l’âge auquel on a cotisé :

Âge à la cotisationRendement annuel, au-delà de l’inflation
30 ans≈ 2,1 %
40 ans≈ 2,7 %
50 ans≈ 3,9 %
55 ans≈ 5,0 %

À comparer au rendement attendu d’une épargne de long terme majoritairement investie en actions, de l’ordre de 4 % au-delà de l’inflation — attendu, pas garanti.

Ce que le calcul ne dit pas

Ces rendements sont des plafonds, atteints seulement si trois conditions sont réunies :

  • l’année cotisée doit compter parmi les 25 meilleures. Sur une carrière de 40 ans, les quinze années les plus faibles ne rapportent rien en retraite de base, quelle que soit la cotisation versée ;
  • la pension doit dépasser le minimum de 85 % du SMIC. Tant que base et complémentaire réunies restent en dessous, le minimum comble l’écart : un euro cotisé en plus ne fait que remplacer une partie du complément, et ne rapporte rien ;
  • les règles ne doivent pas changer d’ici le versement : âge légal, revalorisation, mode de calcul.

En sens inverse, la répartition offre deux choses que le calcul ignore : la réversion au conjoint survivant, qui allonge la durée de versement, et une rente viagère qui couvre le risque de vivre très longtemps. Le retrait variable de la section 5 couvre ce risque autrement, au prix d’un revenu qui fluctue.

La complémentaire (RCO) n’est pas comptée ici : ses taux de cotisation ont été revus en 2026 et son rendement varie selon la tranche de revenu.

Le choix décrit : cotiser au minimum

La lecture du tableau est simple : plus on est jeune, plus l’euro investi l’emporte sur l’euro cotisé, et le minimum de pension retire tout intérêt à cotiser davantage tant qu’on reste en dessous. Le choix décrit ici en tire la conséquence : réduire l’assiette des cotisations par les moyens légaux disponibles, et placer en capitalisation ce qui aurait été cotisé. Un capital qu’on possède, dont on connaît les règles et qu’on peut transmettre, vaut mieux qu’un droit dont la valeur dépend des gouvernements successifs.

Un exploitant ne choisit pas directement ses cotisations : elles sont calculées sur ses revenus professionnels. Réduire ses cotisations, c’est réduire cette assiette, par les leviers que la loi prévoit :

L’assiette ne descend jamais sous le minimum de 600 heures de SMIC, qui valide les quatre trimestres de l’année. La durée d’assurance continue donc de courir, et avec elle l’accès au départ sans décote et au minimum de pension. Le coût du choix est une pension plus faible que celle qu’on aurait pu obtenir : c’est cette pension réduite, et non une pension théorique, qui entre dans le calcul de la section 5.

À retenir

  • Le relevé d’info-retraite.fr dit ce qui est acquis selon les règles d’aujourd’hui ; pour l’avenir, c’est une promesse qui dépend des gouvernements successifs.
  • Compter la pension prévue du couple, mais vérifier que le plan reste vivable si elle baisse : c’est la marge, pas les besoins, qui doit absorber l’écart.
  • Le revenu visé se fixe à partir des dépenses du foyer, en brut, en séparant le besoin de la marge.
  • Capital requis = (revenu visé − pensions − fermages) ÷ 3,6 %, pour un retrait de 0,3 % par mois du patrimoine : le capital ne s’épuise pas, le revenu varie.
  • Un euro cotisé à la retraite de base rapporte au mieux 2 à 3 % par an au-delà de l’inflation à 30 ou 40 ans, et rien si l’année ne compte pas parmi les 25 meilleures ou si la pension reste sous le minimum.
  • Depuis 2026, la retraite de base des exploitants se calcule sur les 25 meilleures années ; l’assiette minimale de 600 heures de SMIC valide toujours quatre trimestres.

Pages liées


Cette page décrit une méthode de gestion appliquée à une exploitation. Elle ne constitue pas un conseil personnalisé. Les règles de retraite et de cotisations citées sont celles en vigueur à la date de mise à jour ; les rendements de la section 6 reposent sur des hypothèses simplifiées (carrière complète, départ à 64 ans, versement jusqu’à 86 ans).