Cette semaine, le budget 2027 occupe le terrain : le plan de relance agricole prend forme et une commission de l’Assemblée a supprimé la révision des contrats photovoltaïques S21. Sur les marchés, la poudre de lait continue de monter alors que le beurre s’essouffle. Dans les prairies, le déficit de pousse reste marqué et les recours contre l’indice satellitaire se précisent.
Marché laitier : la poudre monte encore, le beurre fléchit
Ce qui se passe
L’enchère mondiale Global Dairy Trade du 20 octobre a gagné 2,5 %. La poudre de lait entier progresse de 4,4 % et la poudre maigre de 3,4 %, à 3 541 € la tonne. Le beurre recule légèrement, de 0,4 %, et le cheddar perd 7,4 %.
En France, la poudre maigre cotait 3 390 € la tonne mi-octobre, soit près de 70 % de plus qu’il y a un an. Le beurre européen, lui, glisse autour de 4 100 € la tonne, avec une production record dans l’Union cet été. La demande à l’export, tirée notamment par l’Égypte et l’Indonésie, soutient les protéines, mais sa solidité à ces niveaux de prix reste à confirmer.
Ce que ça change pour un élevage laitier
- Si les cours restent à ce niveau, la valorisation beurre-poudre gagnerait environ 70 € par 1 000 litres par rapport à février 2026. Calcul : en moyenne européenne, la poudre maigre est passée d’environ 2 370 à 3 210 € la tonne et le beurre est resté vers 4 150 € la tonne. Avec environ 87 kg de poudre et 46 kg de beurre tirés de 1 000 litres (ordre de grandeur lié à la composition du lait), on obtient +73 € côté poudre et −2 € côté beurre.
- Sur le prix payé, l’effet dépend du poids de cet indicateur dans la formule de la laiterie, propre à chaque contrat. Hypothèse d’un poids de 25 % : environ +18 € par 1 000 litres. Hypothèse de 50 % : environ +35 €. La hausse arriverait avec retard, selon la période de référence retenue dans la formule.
- Repère : le prix moyen du lait conventionnel était de 430,9 € par 1 000 litres en juillet 2026 (Agreste). Une hausse de 18 à 35 € le porterait vers 450 à 465 €, encore sous le coût de production 2025 calculé par le Cniel (482 €).
- Exemple fictif : un élevage livrant 800 000 litres gagnerait 14 400 à 28 000 € par an dans ces deux hypothèses. Chaque variation de 10 € par 1 000 litres représente environ 80 € par vache et par an à 8 000 litres.
Points de vigilance
- La hausse des cotations ne se reporte sur le prix payé qu’avec retard, et selon la formule propre à chaque laiterie.
- Les négociations commerciales avec la grande distribution s’ouvrent le 1er décembre : leur issue pèsera sur les prix du premier semestre 2027.
- Un budget 2027 construit sur plusieurs hypothèses de prix du lait reste plus prudent qu’un seul scénario.
Sources
- Global Dairy Trade rises 2.5% — Agriland, 20/10/2026
- Le prix de la poudre de lait écrémé a bondi de 70 % en un an — Réussir, 15/10/2026
- Marché laitier : le beurre recule, la poudre maigre progresse — Grands Troupeaux Magazine, 09/10/2026
- Contexte : Le cours du beurre fond de 42 % sur un an — Grands Troupeaux Magazine, 04/03/2026 et Prix du lait juillet 2026 : 430,9 €/1 000 l en conventionnel — Transformation Laitière, 15/09/2026
Pour aller plus loin : Calculer l’EBE de son exploitation agricole en cours d’année.
Plan de relance agricole 2027 : 500 à 700 millions d’euros annoncés
Ce qui se passe
Le 15 octobre, le Premier ministre a annoncé une enveloppe de 500 à 700 millions d’euros pour 2027, prise sur des crédits déjà inscrits au budget. Elle s’ajoute au plan d’urgence sécheresse d’environ 1,2 milliard d’euros. Cinq axes sont retenus : adaptation au climat, souveraineté alimentaire, stockage de l’eau, assurance des récoltes et simplification fiscale.
Parmi les mesures citées : la prise en charge par l’État des intérêts sur un encours de prêts bancaires pouvant atteindre 2 milliards d’euros, une aide aux bâtiments d’élevage adaptés à la chaleur, un fonds hydraulique de 60 millions d’euros et un appel à projets en fin d’année. Un « pacte » sur la transmission des exploitations, inspiré du pacte Dutreil, est annoncé sans paramètres pour l’instant. Le relèvement du plafond de l’épargne de précaution de 150 000 à 250 000 €, voté en commission, doit encore être confirmé en séance. Les syndicats jugent ces annonces incomplètes ou insuffisantes.
Ce que ça change pour un élevage laitier
- Prêt à taux zéro : sur 10 000 € empruntés sur deux ans, l’économie d’intérêts est d’environ 260 € par rapport à un prêt à 2,5 %.
- Épargne de précaution : si le nouveau plafond est adopté, chaque associé exploitant d’une société pourrait déduire 100 000 € de plus au total, dans la limite des plafonds annuels qui ne changent pas.
- Bâtiments : un projet de ventilation ou d’ombrage des stabulations pourrait entrer dans l’appel à projets, dont les taux d’aide ne sont pas encore publiés.
Points de vigilance
- Rien n’est voté : les mesures arrivent par amendements, à l’Assemblée puis au Sénat.
- Pour la clôture d’exercice, l’épargne de précaution se calcule sur le droit en vigueur, pas sur un plafond encore en discussion.
- Les conditions des prêts à taux zéro (banques, durées, publics éligibles) sont à vérifier auprès de son conseiller bancaire.
Sources
- Plan de relance agricole : Sébastien Lecornu annonce « entre 500 et 700 millions d’euros » et un pacte de transmission — LégiFiscal, 15/10/2026
- Entre 500 et 700 M€ débloqués pour le plan de relance agricole — Terre-net, 15/10/2026
- Sébastien Lecornu annonce un plan de relance agricole de 500 à 700 millions d’euros — Réussir, 15/10/2026
Pour aller plus loin : Le vrai coût du découvert sur une exploitation agricole et Comment placer la trésorerie d’une exploitation agricole.
Prairies : un déficit de pousse durable et des recours contre l’indice
Ce qui se passe
Au 10 octobre, l’indicateur de suivi des prairies d’Agreste place la Bretagne à 64, sur une base 100 correspondant à la moyenne 1989-2018 : la pousse y accuse donc environ un tiers de retard. Au niveau national, le déficit atteint 43 %, avec des pointes locales au-delà de 60 %.
La ministre de l’Agriculture a activé une procédure qui permet aux comités départementaux d’expertise d’examiner les contestations de l’indice satellitaire utilisé par les assurances prairies. Une carte communale des pertes est annoncée pour mi-octobre ; les comités se réunissent en octobre, puis fin novembre sur les données définitives. Au-delà de 30 % de perte sur prairies, la solidarité nationale peut intervenir, avec un taux plus favorable pour les exploitations assurées.
Ce que ça change pour un élevage laitier
- Une tonne de matière sèche manquante par hectare représente 50 tonnes à trouver pour 50 hectares de prairies.
- La comparaison entre l’indice de sa commune et ses propres mesures (herbomètre, pesées, achats de fourrage) conditionne la décision de contester ou non.
- Le bilan fourrager de l’hiver est à refaire avant de décider des achats, des réformes ou des ressemis.
Points de vigilance
- La subvention de l’assurance suppose une cotisation 2026 payée dans les délais : un oubli peut coûter cher.
- Une contestation se prépare par écrit, chiffrée, avec des pièces datées (factures d’achat de fourrage, photos, mesures).
- Pour un contrat indiciel, le recours porte sur l’indice lui-même : les voies d’appel varient selon les assureurs.
Sources
- Prairies : le déficit de pousse atteint 43 % au 10 octobre — Grands Troupeaux Magazine, 16/10/2026
- Assurance fourrage : sécheresse 2026, quand le satellite dit que vos prairies vont bien, comment être indemnisé ? — Kohen Avocats, 19/10/2026
Pour aller plus loin : Combien de trésorerie garder sur une exploitation agricole.
Photovoltaïque agricole : la révision des contrats S21 supprimée en commission
Ce qui se passe
L’article 82 du projet de budget 2027 prévoyait notamment de revoir les conditions économiques des contrats d’achat photovoltaïques S21 des installations de 300 à 500 kWc, souvent posées sur des bâtiments agricoles. Il traitait aussi de certains contrats anciens signés entre 2006 et 2010, des périodes de prix négatifs et des sorties de l’obligation d’achat.
La commission des affaires économiques de l’Assemblée, saisie pour avis, a voté la suppression de cet article. Ce vote n’est pas définitif : la commission des finances puis la séance publique peuvent rétablir tout ou partie du dispositif, et le Sénat se prononcera ensuite.
Ce que ça change pour un élevage laitier
- Pour une exploitation qui détient une toiture de 300 à 500 kWc sous contrat S21, le risque d’une baisse de tarif s’éloigne, sans disparaître.
- Exemple fictif : une installation de 450 kWc produisant 1 000 kWh par kWc et par an perdrait 4 500 € par an pour chaque baisse de 10 € par MWh.
- Les installations de moins de 300 kWc ne sont pas visées par cette révision.
Points de vigilance
- Retrouver dans son contrat l’arrêté tarifaire, la puissance retenue et le tarif, pour savoir si l’on est dans le périmètre.
- Vérifier que les annuités d’emprunt restent couvertes dans un scénario de tarif réduit.
- Suivre la deuxième partie du budget, examinée à l’Assemblée à partir de fin octobre.
Sources
PAC 2028-2034 : les Vingt-Sept visent une position partielle fin octobre
Ce qui se passe
Le 19 octobre, le comité spécial agriculture a constaté des progrès sur le futur règlement de la PAC. La présidence irlandaise a ajusté les types d’intervention, les mesures agroenvironnementales, les aides couplées et les définitions de l’hectare admissible et du jeune agriculteur. Le plafonnement et la dégressivité des aides sont renvoyés à la négociation du budget européen.
Seize États, dont la France, proposent de présumer que les terres déclarées sont bien à la disposition de l’agriculteur, sauf contestation d’un autre exploitant ou du propriétaire. Les ministres se retrouvent à Luxembourg les 26 et 27 octobre. La FNSEA dénonce une baisse de 13 à 15 % du budget de la PAC dans la proposition de la Commission et envisage une mobilisation à Bruxelles en fin d’année.
Ce que ça change pour un élevage laitier
- Rien ne change avant 2028 : la PAC actuelle s’applique jusqu’à fin 2027.
- Les aides couplées, dont celles aux bovins, et les mesures environnementales restent en discussion : leur forme future pèsera sur les élevages laitiers.
- Exemple fictif : avec 40 000 € d’aides directes, une baisse de 10 % représenterait 4 000 € par an.
Points de vigilance
- Une position du Conseil n’est pas un texte final : le Parlement européen doit aussi se prononcer.
- Le budget global de la PAC dépend du cadre financier pluriannuel, toujours en négociation.
Sources
- EU Member States make progress on post-2027 CAP regulation — Agence Europe, 19/10/2026
- Mobilisation du 17 octobre : FNSEA et CR n’y participeront pas, la Conf’ oui — Terre-net, 16/10/2026
Agenda des quatre prochaines semaines
- 26 et 27 octobre : Conseil des ministres de l’Agriculture de l’UE à Luxembourg (PAC 2028-2034).
- 27 octobre : vote prévu du budget de la Sécurité sociale 2027 à l’Assemblée nationale.
- Du 27 octobre au 16 novembre : examen de la deuxième partie du budget 2027 à l’Assemblée, dont les crédits énergie.
- 31 octobre : date limite de paiement de la cotisation d’assurance récolte 2026 pour bénéficier de la subvention.
- 1er novembre : nouvelle liste des communes en zone régulée pour la MHE ; début de la remise de 20 centimes par litre de GNR annoncée par un distributeur.
- Fin novembre : réunion des comités départementaux d’expertise sur les données définitives de pousse des prairies.
Veille relue avant publication. Ces informations ne constituent pas un conseil juridique, fiscal ou financier.